RSS

Arthus-Bertrand: deux siècles de création

 

La maison Arthus-Bertrand voit le jour à Paris en 1803 et devient bientôt LA référence en matière de décorations et de médailles. A sa tête depuis une vingtaine d’années, Nicolas Arthus-Bertrand, sixième génération, a su imposer sa marque dans l’univers du luxe en conjuguant savoir-faire d’exception et création contemporaine.

 

Rendez-vous est pris dans le magasin  familial, en face de l’église Saint-Germain-des-Prés. Dans ce village de la rive gauche, quintessence de l’esprit parisien, la maison Arthus-Bertrand est une véritable institution. Etablie à cette adresse dès 1890, elle semble entretenir depuis sa création une relation privilégiée avec les grands hommes – artistes, intellectuels, hommes d’Etat – qui ont marqué l’Histoire.

Nicolas Arthus-Bertrand nous accueille avec simplicité dans l’atmosphère raffinée de ses bureaux. Dépositaire de la culture familiale avec son frère Benoît, directeur de la production, il se dit fier de perpétuer une conception de l’entreprise héritée de son père et de ses oncles. Pourtant rien ne le prédestinait à prendre un jour le relais, au contraire. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il avoue ne s’être jamais vraiment intéressé dans sa jeunesse à l’histoire de ses aïeux, encore moins à leur savoir-faire d’estampeur. Très tôt, il décide donc de quitter ce chemin tout tracé, poursuit des études supérieures de commerce et fait carrière dans la publicité – notamment chez Saatchi. Finalement, c’est à la demande de son père, en 1983, que Nicolas découvre l’univers de la maison Arthus-Bertrand. Coup de cœur immédiat pour cette entreprise qui met à l’honneur la créativité et le patrimoine technique des artisans. Coup de maître aussi pour ce jeune dirigeant qui donne un second souffle à l’affaire familiale en se lançant dans la production de pin’s. Nous sommes en 1986, la « pin’s mania » déferle sur la France. Très vite, l’épinglette devient un objet culte que tout le monde s’arrache. Un an et demi après son lancement sur le marché, Arthus-Bertrand en fabrique plus d’un million d’exemplaires par mois et acquiert une notoriété sans précédent. Un grand écart payant pour cette entreprise dont  l’histoire s’enracine à Paris, sous le Consulat…

 

De la décoration militaire à la bijouterie de luxe

 

La saga familiale débute en 1803. A l’époque, deux officiers de l’armée révolutionnaire créent, chacun avec succès, leur entreprise. Michel-Ange Marion se spécialise dans le domaine militaire et fournit l’armée impériale en broderie, drapeaux et insignes. De son côté, Claude Arthus-Bertrand fonde sa librairie. Passionné d’expéditions scientifiques, il publie de nombreux récits de voyage comme Le voyage autour du monde de Duperrey et devient l’éditeur officiel du ministère de la Marine. Les destinées de ces deux familles s’unissent en 1862 lorsque Claude, petit-fils du libraire, épouse Marie-Adelina, petite-fille de Michel-Ange Marion. De leur union naîtra un fils unique, Michel-Ange Arthus-Bertrand. C’est lui qui décide d’établir le magasin et les bureaux place Saint-Germain-des-Prés et qui donne sa véritable impulsion à l’entreprise, sous la IIIe République, en développant la fabrication de décorations et de médailles, aussi bien civiles que militaires. Autoritaire et rigoureux, il dirige son entreprise d’une main de fer et lui assure de beaux jours en faisant d’Arthus-Bertrand le fournisseur officiel de médailles et de décorations du ministère des Affaires étrangères.

En 1925 son fils André lui succède. Homme de contact et force de proposition, il diversifie les activités de la maison qui entame un nouveau chapitre de son histoire avec la création d’une collection de médailles de baptême et de bijoux. Sa femme Solange, grand-mère des actuels dirigeants et ancienne élève de Majorelle, en prend la direction artistique. Dès lors la maison Arthus-Bertrand conjugue son nom avec celui de sculpteurs réputés – une tendance qui s’affirmera dans les années 1940, avec le lancement d’une ligne de reproduction de bijoux anciens choisis parmi les collections des musées de France.

Après la guerre, les trois fils d’André (dont Henri, le père de Nicolas) assurent la relève. L’entreprise prospère et conquiert de nouveaux marchés. En 1953, elle est ainsi chargée de fabriquer le collier de Grand maître de l’Ordre national de la Légion d’honneur, une institution qui – heureux hasard de l’Histoire – est elle aussi née en 1803. Le sculpteur André Arbus et le ferronnier d’art Raymond Subes signent sa réalisation. Dix ans plus tard, c’est le talent du graveur Leognany qui est mis à contribution pour donner naissance à la médaille de l’Ordre national du mérite, créée par le général de Gaulle. Deux commandes prestigieuses auxquelles viendront s’ajouter, sous l’impulsion d’Henri, un nouveau champ de compétences pour le moins exceptionnel – celui des épées d’académiciens.

 

Entre invention et tradition

 

Aujourd’hui la société décline son savoir-faire autour de trois activités complémentaires qui lui garantissent une certaine indépendance. La bijouterie, avec une orientation prononcée vers les bijoux de naissance en or et les collections de musées en argent ; les décorations, médailles et insignes (l’entreprise fournit l’Etat français et plus de cinquante pays étrangers) ; les objets promotionnels enfin, adaptés à l’histoire et à la stratégie de communication de chaque client. Comme son père, Nicolas Arthus-Bertrand cherche à harmoniser créativité,  excellence technique et rentabilité et se réjouit que la maison entretienne depuis toujours un rapport si fructueux avec les artistes. « Proposer une réédition limitée de la Statue de la Liberté à l’occasion de son centenaire, d’après les moules originaux de Bartholdi qui était un collaborateur régulier de la maison ; encourager la création contemporaine en travaillant avec des artistes comme Nathalie Decoster, Hilton Mc Connico, les Lalanne, Pierre-Yves Trémois… voilà sans aucun doute l’activité la plus gratifiante à mes yeux, celle qui contribue au caractère unique de notre marque », affirme-t-il. « Cela permet de rencontrer des gens formidables et de renouveler les compétences en apportant des idées neuves. » Une affinité forte avec la création que Nicolas Arthus-Bertrand exprime au quotidien en collaborant étroitement avec le styliste Franck Michel et les membres du bureau de dessin qui travaillent sur l’ensemble des métiers de la maison.

Diversification des activités, invention et capacités d’adaptation, tels sont les secrets de la longévité de l’entreprise qui a fêté son bicentenaire en 2003. Sans oublier la tradition qui occupe une place de choix chez Arthus-Bertrand, grâce au précieux savoir-faire d’artisans dont l’intervention reste primordiale au cours du processus de fabrication. Désireuse de sauvegarder ces métiers manuels difficiles à pérenniser, la marque a choisi de les fédérer en regroupant les quelque deux cents employés qui travaillent pour elle sur un seul et même site de production, à Palaiseau. Bijoutiers, graveurs, sertisseurs, émailleurs… font ainsi la richesse et la qualité exceptionnelle des produits estampillés Arthus-Bertrand, assurant à l’entreprise une légitimité dans l’univers très concurrentiel du luxe. Et la clientèle ne s’y trompe pas : composée d’habitués du faubourg Saint-Germain aussi bien que de personnalités médiatiques, elle reste la meilleure preuve de la modernité et de l’intemporalité des créations Arthus-Bertrand.

Avec 34 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2007, l’entreprise est aujourd’hui en pleine croissance. Nicolas Arthus-Bertrand a su avec talent pérenniser son image de marque tout en proposant de nouvelles perspectives de développement. Fort d’un réseau de cinq cents détaillants répartis sur l’ensemble du territoire français, auxquels viennent s’ajouter les deux magasins parisiens, le président directeur-général du groupe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Après l'ouverture d’un nouveau magasin sur la Grand-Place de Lille, notre but est d’ouvrir un point de vente par an durant les cinq prochaines années, toujours à des emplacements exceptionnels. » Quant à la relève, il y pense bien sûr, même s’il n’a pas élevé ses trois enfants dans l’idée de prendre un jour sa succession. « Ma plus grande préoccupation est de développer et de sécuriser l’entreprise, en trouvant une solution patrimoniale et familiale qui garantisse l’intégrité de la culture et de l’organisation actuelles. Aujourd’hui s’il pouvait revenir, je sais que mon grand-père ne se sentirait pas dépaysé. »

 

[Article paru dans le magazine "Série limitée" n°63, supplément des Echos, le 9 mai 2008]

Légendes photos:

1. Le magasin de la place Saint-Germain-des-Prés, vitrine historique de la maison, photo Arthus-Bertrand.

2. Nicolas Arthus-Bertrand perpétue la tradition familiale, fondée sur l'excellence et le talent créatif, photo Arthus-Bertrand.

3. Médailles Lune de miel, photo Arthus-Bertrand.

4. Bague Mini Sanctis avec l'ange de Raphaël, photo Arthus-Bertrand.

 
 
Arthus-Bertrand
6, place Saint-Germain-des-Prés
75006 Paris
Tél.: 01 49 54 72 00.
www.arthus-bertrand.fr

Votre commentaire